Ce qui suit n’est surtout pas un guide du calibrage de l’écran. Tout au plus, s’agit-il d’éléments de compréhension quant au calibrage d’un écran. Il fait suite à l’article consacré à la gestion de la couleur.

Pour certains, calibrer son écran, voire toute la chaîne graphique, est devenu une évidence. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Et pourtant, c’est indispensable car il est rare qu’un écran propose des couleurs fidèles, surtout pour les premiers prix (cela s’arrange à partir des 400 €). Or l’écran est le point de départ de votre chaîne de traitement. Parfois même, ce sera le seul support que certains auront puisqu’ils n’imprimeront jamais. Il est donc indispensable que celui-ci propose des couleurs les plus fidèles possible. Afin que tout qui s’effectuera en Post-Traitement soit le plus proche du réel possible.

 

Sans calibration, une couleur qui vous paraîtra rouge sera peut-être rosâtre. Ou l’inverse. Idem pour le ciel qui n’affichera pas les bonnes nuances, avec le risque d’une correction non appropriée.

 

 

Écrans, défauts et calibration

Quelques informations de base

Gamma

Le Gamma caractérise le rendu en contraste d’un support photosensible, l’œil compris, sous forme d’une courbe mathématique (une fonction) qui permet de connaître le lien (la corrélation) qu’il y a entre un signal émis (la lumière perçue) et la réponse d’un capteur. Rien que cela !

L’œil a une sensibilité différente selon qu’il est dans un environnement peu lumineux ou dans un environnement fortement lumineux. Cela a pour conséquence qu’une même augmentation de la lumière sera perçue différemment dans les deux cas. Dans un environnement peu lumineux, l’augmentation sera fortement perçue, tandis que dans un environnement lumineux, elle pourrait ne pas être perçue du tout.

Pour comprendre ce phénomène, il suffit d’allumer une bougie dans une pièce noire et dans une pièce fortement éclairée par des halogènes…

On peut donc dire qu’il n’y a pas un, mais des gamma en fonction de la luminosité de l’endroit où l’on se trouve. À partir de là, continuer à expliquer devient trop complexe… Et il est plus simple de conserver à l’esprit que :

  • Le gamma de l’œil varie beaucoup selon l’environnement lumineux : clair ou sombre, contrasté ou pas.
  • Il est proche de 2,2 quand il regarde un écran. Voilà pourquoi la plupart des écrans sont en 2,2.
  • Il est plutôt de 1,8 quand il regarde un livre. Les écrans Art Graphique sont donc surtout en 1,8.

 

De la qualité des écrans…

L’écran est un élément qui coûte cher à fabriquer. Et plus il sera de qualité, plus son prix augmentera. Pourquoi ? De nombreux éléments vont entrer en compte, comme les composants électroniques, la dalle en elle-même ou encore la technologie employée. Sans compter les contrôles de qualité !

Sur un ordinateur portable, il s’agit du poste de dépense le plus important (sans doute en dehors du processeur, et encore). Afin de réduire les couts, les fabricants vont tout faire pour rogner cette dépense. C’est la raison pour laquelle sa qualité sera très faible et que l’électronique gérant l’écran sera basique. Avec des incidences sur l’uniformité de la luminosité de la dalle (certaines parties de l’écran étant alors plus éclairées que d’autres).

A contrario, plus un constructeur voudra satisfaire une clientèle respectueuse de la qualité de l’image, plus le poste écran augmentera. Ce qui explique, en partie, que les portables de la marque Apple coûtent cher. Mais bon, un écran Rétina avec un delta E inférieur à 1, ce n’est pas donné !

 

La calibration

Les défauts les plus récurrents pour les écrans grand public sont toujours les mêmes :

  • une luminosité trop importante,
  • un contraste trop grand,
  • une image trop froide,
  • un angle de vision trop restreint.

Pour corriger les 3 premiers, la solution consiste à utiliser une sonde. Ce qui est le seul moyen, car on ne peut pas faire confiance à notre œil pour distinguer parfaitement toutes les nuances des couleurs. Une sonde peut paraître chère, mais pour un prix compris entre 120 € (pour la Spyder 5 Express) et 220 € (Xrite i1), elle va rendre de très grands services au photographe. Il s’agit donc d’un investissement indispensable pour tous ceux qui souhaitent post-traiter.

Reste l’angle de vision qu’aucun logiciel ne peut corriger. Il dépend grandement des technologies employées.

 

Un processus en deux étapes

Ce processus de calibrage s’effectue en deux étapes. Tout d’abord une phase d’étalonnage et, ensuite, la phase de caractérisation.

Avant de commencer, il convient d’avoir en tête une information importante qui aura sans doute une conséquence sur votre achat d’écran. Si la plupart sont de type sRGB, certains sont à large gamut, compatible AdobeRGB. Or ces derniers sont mal gérés par les OS de type Windows (y compris Windows 10), et offrent, même après correction, des couleurs sursaturées. C’est particulièrement visible avec les icônes. Et ceci, même après correction. Mais cela n’affecte pas les logiciels de Post-Traitement.

Si vous n’avez pas besoin d’un écran de ce type, alors contentez-vous d’un modèle sRGB. À noter que macOS n’est pas affecté par ce problème et s’accommode très bien de tous types d’écrans.

 

 

Etape 1 : l’étalonnage de l’écran

La première étape consiste à régler l’écran selon des normes préétablies pour l’affichage, en réalisant une optimisation du fonctionnement de base de l’écran grâce à la fixation de certaines valeurs :

  • La luminosité maxi (le point blanc) de l’écran ;
  • Le contraste ;
  • Le gamma ;
  • La température de couleur (exprimé souvent en degrés Kelvin – ex : 6500K) ;

Une fois ces valeurs fixées (manuellement sur l’écran ou au travers du logiciel), l’étalonnage va démarrer et ces réglages vont être effectués. Attention, cela veut dire aussi que si vous réinitialisez ou modifiez ces paramètres, le profil ICC généré ne conviendra plus.

 

 

Neutralisation et correction des dominantes

Tous les écrans reproduisent les couleurs avec des déformations qui leur sont propres. Toutes les couleurs vont être vues avec une dominante qu’il conviendra de neutraliser.

Pour neutraliser la dominante, le logiciel fourni avec la sonde va envoyer un signal à l’écran qui correspondra exactement au gris neutre, dont il connaît les valeurs dans l’espace Lab (ou CIE). Puis, la sonde va mesurer le signal tel qu’il a été affiché et constater la dominante (verte, rouge, rose, etc.). En comparant valeur réelle et valeur affichée, le logiciel va pouvoir proposer une valeur de remplacement, afin d’afficher le gris neutre absolu.

Par exemple, le gris neutre ayant comme signal RVB 128,128,128 en valeur absolue, il est probable que l’écran doive recevoir un signal de type 127,127,126 (ou 129,131,128 ou autre) pour être correctement affiché.

Cette correspondance va être inscrite dans un fichier dédié, le profil ICC. Grâce à ce profil de correction, tout logiciel saura que pour afficher telle couleur, il faudra appliquer telle correction.

 

Réglage de la luminosité de l’écran

La luminosité d’un écran doit être généralement proche de celle d’une photo… imprimée ! Le logiciel de calibrage va donc mesurer la vraie luminosité de l’écran, réglée par rapport à certaines valeurs (celles évoquées via le menu de l’écran ou le logiciel). Ce réglage fin est réalisé aussi par la sonde.

 

Réglage du contraste de l’écran

Le contraste permet de régler le niveau du noir le plus sombre de votre écran. Ce qui peut poser un problème pour les écrans de possédant pas ce réglage (comme les écrans des ordinateurs portables). Certaines sondes sont capables de s’en accommoder, mais pas toutes.

 

Etape 2 : caractérisation d’un écran

C’est durant cette seconde étape que le profil ICC de l’écran va être créé, à partir des optimisations de l’étape d’étalonnage. Un certain nombre de couleurs vont être mesurées, en procédant comme pour la neutralisation de la dominante sur le gris neutre. Il va donc y avoir quantification et correction de la réponse spectrale de l’écran, en comparant les valeurs mesurées à des valeurs de référence.

Sonde Datacolor Spyder 5

Sonde Datacolor Spyder 5

 

Le logiciel fourni avec la sonde va donc envoyer des signaux à l’écran qui correspondront exactement à des couleurs prédéfinies, dont il connaît les valeurs dans l’espace Lab (ou CIE). Puis, la sonde va mesurer les signaux tels qu’ils ont été affichés afin de connaître le décalage. Évidemment, ce ne sont pas simplement les couleurs primaires qui vont être ainsi mesurées, mais toute une série de couleurs. Ce qui permettra ainsi d’avoir les « vrais » signaux à envoyer pour les couleurs mesurées, mais aussi d’avoir l’équation de mesure de dérive. Et ainsi de calculer les signaux à envoyer pour les couleurs non mesurées.

En fin de compte, on obtiendra une sorte de carte d’identité colorimétrique de l’écran, le profil ICC, dans lequel seront notées les déformations entre couleurs Lab et couleurs tel qu’elles sont affichées. Dans les faits, ce fichier va contenir une sorte de tableau qui va dire que pour telle couleur Lab, il faudra envoyer tel signal.

Logiciel xrite pour sonde i1

Logiciel xrite pour sonde i1

 

Attention, on trouve parfois des profils génériques fournis par des sites pour des écrans. Si cela part d’une très bonne idée, il convient de rester prudent. Ces profils ont été établis par rapport à des caractérisations propres qui ne sont pas forcément fournies. Ainsi, on ne connaît pas forcément les réglages de la luminosité, du gamma ou de la température. De plus, le profil a été établi avec une lumière ambiante qui ne sera pas la même chez vous. Or la lumière ambiante a un impact sur les couleurs perçues.

Finalement, si ce profil générique permet de corriger 80% des problèmes, il peut en introduire d’autres.

 

Le choix de la sonde

Comme indiqué au début, le calibrage est indispensable dès qu’on veut s’occuper de Post-Traitement des photos. Cela passera par l’achat d’une sonde de bonne qualité. Et du logiciel fourni. Parfois, comme les Spyder par exemple, la sonde entre le modèle Express, Pro ou Elite est similaire. C’est le logiciel qui fera la différence.

Si la précision de la sonde est très importante, la performance du logiciel l’est tout autant. Comme vu ci-dessus, le calibrage se déroule en deux étapes.

Or, si l’étape 2 est globalement bien maîtrisée par l’ensemble des logiciels, ce n’est pas forcément le cas de l’étape 1. La majorité des logiciels d’entrée de gamme limitent en effet les options au minimum syndical. C’est ainsi que le gamma est souvent imposé à la valeur dite “standard” de 2,2, tandis que le point blanc est calé, lui, à 6500 K (ou D65). De plus, ils ne permettent pas de mesurer et d’ajuster la luminance du blanc, alors que cette fonctionnalité est prise en charge par les sondes fournies.

Ce bridage permet juste de faire payer plus cher la même sonde. Or, les écrans grand public souffrent trop souvent d’une luminosité excessive (la valeur de luminance conseillée étant entre 90 et 120 cd/m2). Le profil ICC créé par le logiciel ne compensera pas la luminosité excessive de l’écran, annihilant tous les efforts de correction. Au bout du compte, une retouche effectuée sur un écran trop lumineux finira par un tirage papier trop sombre.

Plusieurs fabricants se partagent le marché, mais 2 marques semblent surnager à des prix abordables. Il s’agit de Spyder (Datacolor) et Xrite qui proposent des produits intéressants. Et si la Spyder modèle express n’était pas intéressante à acheter, depuis la version 5, elle est devenue recommandable. Néanmoins, au vu de la différence de coût entre l’Express et la Pro, autant investir dans la seconde !

 

 

Il y aurait encore beaucoup à écrire sur la couleur, le sujet étant tellement complexe. Les points abordés permettent juste d’avoir quelques notions généralistes. Mais suffisantes pour comprendre pourquoi une photo et, même une impression, peuvent être vues de manière très différente selon le matériel de restitution.