Contre le mode ‘Auto’

Dans la catégorie « J’aime pas », voici celui consacré au mode ‘Auto’ de nos appareils photo, un truc inventé qui ne vous laisse aucune liberté dans la prise de vue…

 

J’exagère un peu, mais, au moins, mon sentiment est clair dès le départ, je n’apprécie pas du tout le mode ‘Auto’ proposé par les appareils photo. Le mode ‘Auto’ et ses dérivés bien évidemment. Certes, les progrès ont été importants ces dernières années et il est possible d’obtenir des résultats intéressants. Je dois même avouer que le travail effectué par les smartphones s’avère parfois plus que remarquable. Sans doute parce que les fabricants ont misé sur l’intelligence artificielle… et quelques astuces !

Le mode Auto ou l’abdication

Quand vous choisissez le mode ‘Auto’, vous décidez de ne prendre aucune responsabilité ou presque dans la prise de vue. Avec ce mode, vous laissez à votre appareil le soin de réfléchir à votre place et prendre les décisions techniques. Il ne vous reste que le cadrage, la composition de la photo et le moment du déclenchement (et encore pour les récents smartphones), ce qui n’est pas mineur. Mais c’est tout. De fait, vous n’êtes à pas l’abri de mauvaises décisions de la part de votre appareil. Car lui, ce qui l’intéresse, c’est d’avoir la meilleure exposition possible. Peu importe le reste. Or, il ne faut jamais oublier que photographier, c’est peindre avec la lumière. Sans assez (ou trop) de lumière, l’exposition sera inadéquate et la photo ratée.

Ce qui aurait pu être un bon portrait de rue… sans une vitesse trop basse (1/30s à f/4.5, ISO 400)
Ce qui aurait pu être un bon portrait de rue… sans une vitesse trop basse et d’autres défauts (1/30s à f/4.5, ISO 400)

 

Une des choses à comprendre quand veut faire de la photographie, c’est les interactions entre la vitesse, l’ouverture et les ISOs. Toute modification de l’un influe sur les 2 autres. En fermant le diaphragme, en passant de f/4 à f/11 par exemple, la quantité de lumière qui arrivera sur le capteur va diminuer très fortement. Pour éviter que la photo soit trop sombre, il est nécessaire de compenser. En diminuant la vitesse afin d’augmenter le temps d’exposition du capteur à la lumière. Ou en augmentant les ISOs, c’est à dire exciter électriquement les pixels du capteur afin de les rendre plus réceptifs à la lumière. Avec la première solution, le risque de flou de bouger augmente. Avec la deuxième, c’est un risque accru de bruit sur l’image finale. En fait, il convient de choisir une troisième voie, celle du compromis, on utilisant les 2.

L’expertise du photographe, c’est justement d’effectuer des choix forts lors de la prise de vue. Parce qu’il sait ce qu’il veut obtenir, ce qu’il veut mettre en avant. La profondeur de champ pour les paysages, un personnage qui se détache du fond dans le cas de portrait, de photo de rue, voire de sport. Pour pouvoir réaliser sa vision, il va commander son boîtier. Totalement (mode ‘Manuel’) ou partiellement (au travers d’un des modes ‘Expert’).

Lumières de scène et guitare… 1/45s, c'est pas assez rapide (1/43s à f/6.3, ISO 400)
Lumières de scène et guitare… 1/45s, c’est pas assez rapide (1/43s à f/6.3, ISO 400)

 

Quand l’utilisateur fait le choix du mode ‘Auto’, l’APN va décider seul du triplé Vitesse-Ouverture-ISOs. En fonction de ce que son cerveau d’ordinateur perçoit au travers de la mesure d’exposition. Or, à l’usage, j’ai souvent remarqué qu’il avait tendance à abaisser la vitesse pour compenser la perte de lumière, avec des conséquences parfois douloureuses sur le résultat. Parce que même un photographe doté de la meilleure volonté du monde ne pourra rester immobile plus d’une seconde. Enfin, peut-être que certains arrivent, mais ils ne sont pas si nombreux, malgré la stabilisation qui s’est bien répandue.

Le résultat est alors sans appel. La photo sera correctement exposée, mais la photo ne correspondra pas à ce que le photographe voulait, espérait. Combien de fois n’ai je pas entendu autour de moi pester car la photo était floue. Ou trop sombre encore. C’est sur que dans un château de la Loire, faire des photos à f/11, ISO 1600 et 1/20s, le résultat ne sera pas forcément très bon. Le photographe et ses envies/intentions n’entrent plus en ligne de compte dans le mode ‘Auto’. Il y a donc abdication, démission.

Comment l’APN décide ?

Cas simple

La règle du mode ‘Auto’ est que l’exposition doit être bonne. Et c’est ce que l’APN va s’employer à réaliser en trouvant un triplé Vitesse-Ouverture-ISOs cohérent par rapport à la mesure d’exposition qu’il aura préalablement faite. Un système assez basique. Malheureusement, il existe plusieurs triplés qui peuvent correspondre à une bonne exposition. Ainsi, il est possible de faire une photo à 1/125s – f/11- ISO 100, qui sera la même (en termes d’exposition) que celle faite à 1/80s – f/16 – ISO 1600 ou celle faite à 1s – f13 – ISO 100. Pourtant, on n’obtiendra pas toujours le même résultat. Tout dépendra de ce qu’on photographie.

Où l'on se rend compte que c'est surtout dans des conditions moins habituelles que le mode Auto pêche (1/20s à f/6.2, ISO 3200)
Où l’on se rend compte que c’est surtout dans des conditions moins habituelles que le mode Auto pêche (1/20s à f/6.2, ISO 3200)

 

Le mode ‘Auto’ élaboré

Afin de contourner certaines difficultés, les programmeurs de nos APN ont ajouté des modes scéniques (plage, feux d’artifice, portrait, intérieur, ‘studio’, etc.). Il s’agit là de donner une aide au mode ‘Auto’ et de le contraindre à agir différemment. Si ‘plage’ est sélectionnée, le boîtier ne devra pas utiliser les ISOs supérieurs à 100. Il ne pourra agir que sur la vitesse et l’ouverture.

Les modes scéniques du K-70 (manuel K-70 © Ricoh Imaging)
Les modes scéniques du K-70 (manuel K-70 © Ricoh Imaging)

 

Les modes scéniques dépendent des marques. Mais surtout, ils sont plutot réservés aux compacts ainsi qu’aux boitiers d’entrée et de moyenne gamme. Traditionnellement, les boîtiers ‘haut de gamme’ en sont dépourvus. Ce qui correspond à une certaine logique. Si on a ce type de boîtier, il faut savoir s’en servir.

Les constructeurs ont aussi mis au point la détection automatique d’une zone précise à photographier. Après une analyse aussi fine que possible de l’image, il va décider de la zone sur laquelle il va se focaliser aussi bien pour la mise au point que pour faire ses mesures d’exposition qui décidera du triplé Vitesse-Exposition-ISOs. Cela peut être un coin de paysage pu un visage.

Détection automatique d'une zone (manuel WG-60 © Ricoh Imaging)
Détection automatique d’une zone (manuel WG-60 © Ricoh Imaging)

 

Le cas des smartphones

Désormais ces derniers trichent. Ils ont accumulé en eux plein d’intelligence artificielle afin de créer une image parfaite. Ainsi, ils vont parfois prendre 4 photos avant de déclencher réellement et 4 photos après relâchement du déclencheur. Puis il va choisir la meilleure. Ils sont même capables de combiner les clichés entre eux pour en créer un unique, qui n’existe pas. Une combinaison de tout ce qui est bon.

Dans ces cas-là, le mode ‘Auto’ s’éloigne de la photographie telle a été pratiqué pendant longtemps. Mais elle correspond à l’époque actuelle.

Remplacer par quoi ?

Les modes ‘Expert’ existent sur bien des APN… Quand ils penchent du côté du « haut de gamme ». Généralement, sur les petits compacts et les smartphones, les possibilités sont plus réduites. Dans ce cas, il conviendrait plutôt de choisir plus finement les modes scéniques en fonction du contexte.

Pour les APN disposant du mode P, je conseille de le tester.

Hyper Program

Chez Pentax, le ‘mode P’ signifie Hyper-Program. Un concept génial dont Canon a repris récemment le concept presque totalement, sous l’appellation ‘mode Fv’. L’Hyper-Program permet de choisir de modifier l’ouverture, la vitesse ou les ISOs quand on veut et comme on veut, tout en conservant une exposition correcte. Ainsi, si le photographe modifie le paramètre vitesse, l’ouverture et les ISOs vont s’adapter. Et si dans la foulée, il veut modifier l’ouverture, le réajustement est immédiat, sans intervention. Un mixte idéal entre le mode ‘Manuel’ où le photographe peut agir sur chaque composante du triplé, mais doit tout régler et le mode ‘Auto’ où il ne peut rien faire, mais où le boîtier calcule tout.

Mais le mode Hyper-Program est-il la meilleure des solutions. Pas forcément car il reste contraignant. Certes, il va être possible de choisir une vitesse, une ouverture ou les ISOs, mais il ne sera pas possible d’effectuer un réglage en agissant sur les 3 composantes en même temps. A vrai dire, seul le mode ‘Manuel’ le permettra.

Avec cette première photo, j’ai privilégié une grande ouverture. La conséquence est une vitesse réduite mais qui reste acceptable. Avantage, j’ai conservé un ISO à 100.

1/50s à f/4 - ISO 100
1/50s à f/4 – ISO 100

 

Afin d’avoir une netteté plus importante sur l’ensemble de la photo, l’ouverture a été privilégié avec un f/13. Conséquence, le boitier a adapté sa vitesse à 1/6s (heureusement que la stabilisation est efficace), tout en conservant les ISOs à 100. Heureusement que je ne photographiais pas une voiture qui roulait…

1/6s à f/13 - ISO 100
1/6s à f/13 – ISO 100

 

Avec cette dernière photo, toujours prise en mode P, seules les ISOs ont été modifié. Résultat, je ne peux agir ni sur l’ouverture (qui s’est mise immédiatement à f/4, plus grande ouverture possible de cet objectif), ni sur la vitesse qui est devenue très rapide.

1/640s à f/4 - ISO 1000
1/640s à f/4 – ISO 1000

 

Le photographe amateur peut vraiment avoir une action sur la prise de vue en décidant de privilégier l’ouverture, la vitesse ou les ISOs, tout en ayant un filet de sécurité pour ne pas rater (en termes d’exposition) ses prises de vue. Et puis, il a un gros avantage, c’est qu’il va pouvoir faire sa photo très rapidement, sans se poser des questions. Surtout quand on a pas le temps de faire les réglages.

Ailleurs

Pour les autres marques, le mode P est le mode du programme d’Exposition Automatique. Dans ce mode, Vitesse et Ouverture s’ajustent automatiquement, l’appareil proposant un couple cohérent. Le photographe utilise la molette pour choisir un des couples proposés et il ne lui reste qu’à cadrer et déclencher.

Un mode moins évolué que ce que propose Pentax, mais qui permet encore une fois de sécuriser les prises de vue, la justesse de l’exposition étant garantie à plus de 98 % (parfois il peut avoir des erreurs). Il s’agit sans aucun doute d’un choix rassurant pour les débutants, qui peut s’avérer également formateur.

Et le sacro-sait mode Manuel ‘M’ ?

Ce n’est pas le mode de prise de vue que je préconise. Sauf pour apprendre comment la vitesse, l’ouverture et les ISOs interagissent. Ou pour certaines pratiques comme la photo longue pose. Ou pour casser la routine. Mais à part cela, c’est une vraie fausse bonne idée, que j’entends malheureusement dans les rubriques-conseils sur YouTube. Détail amusant, ces pros sont âgés d’une vingtaine et ils n’hésitent pas à partager leur science et leur énorme expérience.

Combien de clichés loupés avec le monde manuel ? Soit parce qu’on oublie de régler la triplette correctement, soit parce que le temps de régler, la situation a changé. On perd trop de temps en l’utilisant et donc, des clichés. Perso, dans 98% des cas, je passe mon tour.

 

Maintenant, il convient d’arrêter le massacre. Si vous utilisez encore le mode ‘Auto’, tentez à minima le ‘mode P’ même si il n’est pas la panacée. Néanmoins, adopter les modes experts me semble être la meilleure solution. Après un peu de pratique, ils deviendront naturels et vous vous demanderez pourquoi le mode auto…

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