Régulièrement, j’entends des choses qui me paraissent absurdes en matière de photo.

L’une de ces réflexions qui revient le plus régulièrement concerne le post-traitement. Selon une idée faussement répandue, ce dernier n’est pas nécessaire. L’appareil prend et voila. Le tout saupoudré de la petite phrase qui tue « du temps de l’argentique, on faisait pas tout ce bazar ! ».

Le terme argentique étant lâché, ce dernier devant tuer toute discussion et clore ainsi les débats.

 

 

Du post-traitement argentique…

Il est vrai que du temps où l’argentique dominait, on donnait la pellicule à un photographe afin d’obtenir les photos dans un format papier. Il effectuait un développement basique (en simplifiant : extraction du film, passage dans différents bains en respectant les températures avant d’être transféré sur papier) et on récupérait les photos développées, avec les négatifs.

Quand sont arrivés, dans les années 80, les « labos numériques », ce travail basique effectué en chambre noire s’est transféré dans des machines robots dédiées.

Mais, à coté du développement de base, le photographe avait la possibilité d’aller plus loin. On entrait alors dans une seconde phase où la créativité artistique était souvent de mise. Bienvenue aux éponges, pinceaux, crayons noir et blanc ou de couleurs, lames de rasoir, agrandisseurs et autres. On faisait la chasse aux défauts, on supprimait des détails, on accentuait les ombres ou on les éclaircissait. Les possibilités étaient multiples. Sans compter que les papiers influaient énormément, ainsi que les produits de virage. C’était artisanal et le temps passé pouvait être important. Nombreux ont été les photographes amateurs qui se sont constitués leur propre labos chez eux, transformant un placard ou une salle de bain en chambre noire !

 

 

…Au post-traitement numérique

Aujourd’hui, bien que l’argentique a laissé en grande partie sa place au numérique, la situation est la même. Le tireur (nom donné à la personne faisant du post-traitement, du développement) a vu juste ses outils changer.

L’utilisateur lambda continue à prendre ses photos comme avant, avec désormais un appareil photo numérique (APN), en mode AUTO la majeure partie du temps. La seule différence, c’est que c’est l’APN (smartphone, compact, bridge ou réflex) qui va effectuer le développement en interne, appliquer un traitement automatique (contraste, luminosité, profil colorimétrique, ajustement et saturation des couleurs) pré-programmé avant de figer la photo dans un fichier numérique. Après, l’utilisateur utilisera un écran pour regarder, voir trouvera un prestataire pour obtenir un tirage papier (une imprimante, une borne d’impression ou via le Net).

Vous avez bien compris que les fichiers JPEG générés par n’importe quel appareil photo sont retraités directement sur le boîtier avec des pré-réglages choisis par quelqu’un d’autre que le photographe, pour donner un résultat « flatteur ».

On peut noter que, contrairement à la croyance populaire, un fichier JPEG peut être retravaillé dans une certaine mesure. Mais il faut prendre quelques précautions et surtout garder à l’esprit qu’on effectuera moins de choses que si le fichier était en RAW.

Pour la personne qui souhaite aller plus loin, il existe des logiciels capables de développer les fichiers RAW. Des sortes de négatif, par analogie à l’argentique. Ces fichiers RAW sont produits par certains APN, pas tous, des réflex ou des compacts experts essentiellement.

Le RAW
Quand une photo est prise par un appareil photo numérique, l’image est capturé au moyen d’un capteur. Ce capteur est composé d’un certain nombre de pixels. Chaque pixel ne capture qu’une seule couleur (rouge, bleu ou verte), grâce à un filtre particulier nommé Matrice de Bayer. Si le capteur fait 16mpx, 8mpx composant l’image seront de couleur vertes, 4 de couleur bleu et 4 de couleur rouge.
Si le mode JPEG est sélectionné, le boitier va effectuer un dématricage, opération qui consiste a recréer les couleurs manquantes pour chacun des pixels. Avant d’enregistrer l’image sous forme de  fichier informatique de type JPEG, l’APN fige la température de la photo (balance des blancs) et applique des courbes de corrections en fonction du programme sélectionné ou du type de photo (paysage, portrait, coucher de soleil, nuit, jour, sport, macro, etc.).
Si le mode RAW est sélectionné, les données brutes sont enregistrées dans un fichier RAW sans traitement (ou presque, selon les marques).

Le post-traitement numérique va donc consister à effectuer le dématricage au moyen d’un logiciel, à appliquer les corrections de tonalités avant de corriger la photo. C’est à dire la même chose qu’en argentique, sauf qu’au lieu de manipuler les outils et liquide en chambre noire, c’est désormais sur un ordinateur que cela se fera.

FVG_0212

fichier « brut » issu du capteur

FVG_0212-2

fichier retouché via Lr. Modification de la température, de la colorimétrie et ajout d’un filtre neutre pour faire ressortir le ciel nuageux.

 

 

Le numérique n’a donc pas changé les choses. On peut toujours faire des clichés comme « avant », en n’effectuant aucun traitement spécifiques durant le développement.

Et puis, on peut aller au delà et faire un vrai travail, qui peut être long. Seuls l’outillage et la façon d’opérer sont différentes.