Régulièrement, j’entends des choses qui me paraissent absurdes en matière de photo. Aujourd’hui, c’est la règle des tiers qui m’énerve…

 

Il faut respecter la règle des tiers !

Combien de fois ai-je entendu cette litanie ? Combien de fois me suis-je fait massacrer, car ma composition ne respectait pas cette règle ? Trop, nettement trop. À croire qu’elle est sacrée, gravée dans la pierre, à l’instar des commandements de Moïse.

En pratique, il s’agit de dessiner 4 lignes, 3 horizontales et 2 verticales, séparant la vue en 9 rectangles (ou carrés) identiques. On note les 4 intersections.

tiers

La règle des tiers est un principe édicté par je ne sais qui, qui veut que, pour obtenir une bonne composition, le sujet principal doive coïncider avec l’une des 4 intersections. Si le sujet principal ne s’y trouve pas, alors la photo est considérée comme mauvaise. C’est tout, on s’arrête là.

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Ici, la photo est « bonne », car le point central du bateau est placé sur les intersections gauches.

On notera que cette grille est désormais visible partout, de la prise de vue (souvent dès le viseur) à la post production (l’outil recadrage la proposant systématiquement). Tout est fourni pour le photographe lambda « réussisse » ses photos.

Cette règle des tiers est dérivée de celle sur les rectangles d’or. Mais comme cette notion étant plus complexe à expliquer, elle a été simplifiée et remplacée.

 

 

 

De la composition

C’est quoi composer une image ? Il s’agit d’assembler divers éléments afin d’obtenir une scène harmonieuse à photographier. Les éléments, plus ou moins nombreux, peu importe, sont les suivantes :

  • des formes nettes,
  • Les lignes de fuites qui suggéreront profondeur et mouvement,
  • des volumes avec des contours favorisant le sujet,
  • de la couleur (sans oublier que le noir et le blanc sont des couleurs !),
  • Un contraste qui permettra de différencier les couleurs et les tonalités,
  • des textures.

Le photographe doit s’évertuer à trouver le bon angle, la bonne hauteur, la bonne perspective et la bonne profondeur de champ avant de prendre sa photo. Une photo se réussit avant d’être prise. Il faut réfléchir sa photo.

Malheureusement, aujourd’hui, on est pressé. On prend l’appareil et on shoote, sans se poser de questions. Avec comme résultat, des photos peu intéressantes. C’est pour pallier à un manque de technique sur la composition que des gens ont sorti la règle miraculeuse des tiers. Laquelle vous permettra à coup sûr de réussir toutes vos photos, du moment que votre sujet est sur une des intersections. Enfin, c’est ce qu’on essaye de vous vendre comme salade. Mais comme vu plus haut, une photo, c’est plus complexe que cela.

Si jamais vous avez la chance de tomber sur un livre traitant de la photo datant de l’argentique, vous aurez la surprise de ne pas y voir la règle des tiers énoncée comme diktat. En fait, il s’agit d’un principe, dont l’origine se trouvera dans la composition de peintres d’il y a plusieurs siècles, ne valant pas plus que les autres principes de la photo et, de plus, rarement mis en avant. L’accent était alors donné sur l’équilibre entre le sujet principal et le/les sujets secondaires, bien plus importants. Les tiers peuvent aider à cet équilibre, mais en aucun cas le déterminer.

Au fond, on ne doit pas jeter la règle des tiers comme on jetterait le bébé avec l’eau du bain. C’est plus complexe que cela. Cette règle est un des éléments permettant la composition d’un ensemble, d’une image qui sera pris en photo.

 

La question principale que je pose aux personnes quand on fait une séance de critique photo est la suivante : « quel est ton sujet et est-il mis en valeur ? » En aucun cas ce ne sera : « as-tu respecté les tiers ? »

À vrai dire, je pense qu’en photo, il s’agit de connaître certaines règles, de les assimiler, de les faire siennes, et après les dépasser, car il s’agira alors du meilleur moyen de progresser.

 

 

 

Quelques exemples

Le bateau

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La première chose que l’on peut remarquer, surtout parce que je l’ai montré auparavant, c’est que les tiers sont grosso modo respectés. En effet, le centre du bateau se trouve à l’intersection de lignes.

Mais, quand j’ai composé mon image mentalement au moment de prendre la photo, j’ai pensé à autre chose :

  • l’angle du bateau orienté vers la sortie du port et le large, formant ainsi une ligne de fuite,
  • l’ilot en arrière plan avec le poteau d’indication,
  • le reflet du bateau dans le peu d’eau restant (marée basse).

C’est le hasard qui voulut que les tiers soient respectés.

 

Le château

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Ne cherchez pas s’il y a eu quelconque respect des tiers, par avance je vous annonce la couleur : pas de respect ! Non, le sujet est ici le château. Il est massif et prend presque tout l’espace. Par contre, j’ai soigné mon cadrage de manière à le prendre légèrement de bas afin d’avoir des lignes de fuite et un grand morceau de ciel bleu (en haut et à gauche essentiellement) pour contraster et mettre en avant l’édifice.

 

Le couple

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Là encore, les tiers ne sont pas respectés. Les personnages sont au milieu de la photo, pile-poil. Que dire de plus ? Rien.

 

L’assemblée

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Non, la ligne du pont n’est pas mon sujet principal. Ce dernier se trouve au centre de la photo. Il s’agit de l’Assemblée nationale et du photographe se trouvant devant. Le pont n’est présent que pour accompagner le regard vers le bâtiment. Pareil pour le lampadaire qui vient apporter ombres et lumières là où cela est nécessaire. Les contrastes permettent de mettre tous les éléments en valeur.

 

 

 

En conclusion

Vous l’aurez compris, ce diktat paru au début des années 2000, avec l’avènement du numérique grand public, me paraît abusif quand on essaye de réduire la prise de vue uniquement à lui. Sans compter que je préfère appliquer la règle du rectangle d’or.

Par contre, un photographe m’a inculqué que l’équilibre des éléments et le contraste entre les matières devaient être mes deux guides principaux. Et j’ai bien dit guide et non pas principe obligatoire. Car en se mettant trop de barrières, on ne parviendra jamais à progresser, juste à rester moyen.

Merci Roland.