Vendredi dernier, autour d’un verre, un de mes amis m’a dit qu’il avait le sentiment que je prenais moins de photos, mais qu’elles étaient de meilleures qualités. Sur le coup, flatté par son appréciation positive, j’ai répondu par l’affirmative. Sauf que cela n’était pas si vrai que cela. Oui, mes photos sont de meilleures qualités, mais non, je ne prends pas moins de photos.

 

Paris dans le brouillard, version de travail

Paris dans le brouillard, version de travail

 

Je suis nettement plus attentif à mes cadrages. Je vais tourner autour d’un sujet jusqu’à ce que je trouve ce qui, selon moi, sera le meilleur endroit pour la prise de vue. Mais une fois parvenu à cela, j’ai tendance à multiplier les cadrages, en changeant de focale, en me décalant légèrement de côté. Un pas à droite ou à gauche, cela change la perspective. Et puis, je cherche un autre point de vue, différent. Sans compter que je ne me limite pas au cadrage horizontal ! Le cadrage vertical est très souvent utilisé, parce que cette façon de composer offre d’autres possibilités !

Cadrages multiples

Cadrages multiples

 

Ce qui est vrai également, c’est que je suis souvent en pilotage automatique pour un certain nombre d’opérations de réglages. Si l’instinct joue un rôle important, nul doute que l’entraînement y soit pour beaucoup. Aujourd’hui, réglages, cadrages ou choix de focales ne sont plus des choses auxquelles je pense systématiquement. Pour mes pratiques habituelles, je « sais » d’avance les bons réglages. Et cela, si je ne prenais autant de photos, ce ne serait absolument pas possible. Seule la pratique régulière et fréquente de la photo permet d’atteindre ce niveau de certitude. Il est nettement plus facile d’être rapide et efficace avec de l’entraînement. Ce qui permet de laisser toute sa place à la créativité.

Et par « pratique régulière », ce n’est pas 10 photos une fois par mois. C’est accepter de shooter énormément. J’ai fait un petit calcul pour sur l’année 2016. Résultat des comptes, la moyenne est de 90 shoots par heure. Avec quasiment jamais de rafales, mais parfois du bracketting d’exposition.

Alors, j’entends çà et là que nos glorieux ancêtres n’en faisaient pas autant. Pour avoir vu de nombreuses planches contacts argentiques de maîtres comme Cartier-Bresson, Salgado, Clergue ou encore celles de celui qui m’a donné le goût de la photo, Roland Bénard, je sais qu’il n’en est rien. Sur un même sujet, ils prenaient tous de nombreux clichés. Simplement, ils étaient limités par le nombre de pellicules et le développement parfois coûteux.

 

Planche-contact de Lucien Clergue

Planche-contact de Lucien Clergue

 

Planche-contact de Diane Arbus

Planche-contact de Diane Arbus

 

Quand je prends une photo, je ne sais jamais ce qu’elle va réellement offrir. Certes, j’ai une vague idée de ce que cela devrait donner. Parce que j’arrive à visualiser mentalement ce que cela devrait donner. Je « sais » aussi parfois qu’une photo en particulier sera meilleure que les autres parce qu’il y a quelque chose en plus au moment où j’ai appuyé sur le déclencheur. Mais rien n’est jamais certain. Ce qui paraissait bien peut se révéler une franche déception tandis que, parfois, en prenant des sujets qui me paraissaient moyens, il y a eu de bonnes surprises. Le résultat, il sera découvert en post-traitement. Quand la photo apparaîtra à l’écran et on s’appliquera à faire ressortir les détails entre-aperçus dans le viseur.

 

Tour à la Défense

Tour à la Défense

 

La photo est un investissement et il s’agit d’une activité chronophage. C’est comme pour la musique, il convient de faire ses gammes, de répéter. Cela passe par beaucoup de prises de vues, du temps pour s’interroger sur le résultat obtenu et du temps pour le développement. Quand une personne me dit qu’elle est capable de prendre une seule photo d’un sujet et que le résultat obtenu est parfait, j’ai du mal à y croire. Celui qui se restreint dans la prise de vue ne peut progresser.

 

Au final, si je prends moins de photos identiques d’un même sujet, j’en prends plus de différentes dudit sujet. Ce n’est pas la même chose et cela fait toute la différence.

 

Alors, n’hésitez pas à shooter. Toujours et encore.