Une dernière photo

Quatre semaines à rester chez soi, sans possibilités de grandes sorties. Ma dernière photo date de courant mars. Si on écoute les informations en provenance de… on ne sait pas très bien d’où, cela devrait continuer les prochaines semaines. L’espoir d’un retour à une certaine normalité ne serait pas prévu avant la fin de l’été. Autant dire que 2020 risque d’être une année blanche côté photographie. Du moins pour moi. Donc, pour le moment, pas de prises de vue, pas de photo. Je tourne en rond, souvent sur le canapé devant la télé en dehors des mes heures de télétravail, où sur mon instrument de sport afin d’essayer de garder un semblant de forme. Un bon moment pour m’aérer l’esprit en lisant.

Franck Courtès

Connaissez-vous Franck Courtès ? Jusqu’à ce que ma tante me donne son livre, c’était un illustre inconnu pour moi. Pourtant, ce monsieur est un nom dans la photographie. Il y a de grandes chances que vous ayez vu au moins une fois une photo signée de lui. Franck Courtès a travaillé comme portraitiste et reporter pour des journaux comme Libération, Les Inrockuptibles, Télérama ou encore Le Monde. Mais pas que. Pendant 26 ans, il a voyagé, rencontré des personnes. Des noms comme on dit, de Arletty à Karim Benzema, en passant par Pierre Bérégovoy, JoeyStarr, Benjamin Biolay ou Christine Lagarde.

Et puis un jour, dégoûté par les personnes qu’il rencontre, leur ego démesuré et leurs exigences qui le sont tout autant, Courtès a lâché prise. Nostalgique d’un temps ancien où le respect existait, il s’est senti mal face au voyeurisme qui règne désormais en maître et qu’il a contribué à mettre en place.

La dernière photo

C’était un jour de 2011. Le jour où il a décidé d’arrêter d’être un photographe. En exerçant son métier, Franck Courtès estime qu’il a failli se perdre lui-même. Il a donc préféré stopper avant qu’il ne soit trop tard. La dernière photo, c’est son histoire, sa vie. Il se raconte comme s’il s’exorcisait. Ce qui est sans doute le cas.

De ses débuts, de son enthousiasme jusqu’à son dégoût ultime, Courtès dit tout (ou presque). On perçoit au travers de la lecture du livre, le cheminement de l’auteur. Il y a des histoires drôles, des anecdotes amusantes. On y voit aussi la possession de la photo sur ses jours et ses nuits. On le voit saisir en une image cet instant d’intimité qui lie le modèle à son photographe. Il pose des mots sur le rapt que constitue la prise de vue. Mais, surtout on y lit aussi l’envers du décor, pas toujours très beau.

À vrai dire, c’est peut-être la première fois que je lis un livre qui est né d’un tel rejet. Ici, pas de jolie histoire à raconter. Il est question de rêves foudroyés par l’imbécillité humaine. L’auteur creuse dans ses souvenirs afin de faire émerger ce qui a transformé en dégoût sa passion. Malgré tout, ce livre se lit tout seul, tellement on est happé par cette histoire si intime, si personnelle. En choisissant la voie de l’écriture, il s’est retrouvé.

La dernière photo est le récit de cette passion, de ce désamour et de cette renaissance. Et finalement, c’est plein d’enseignements et de sagesse.

À lire, de toute urgence.

 

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