Vendre son matériel photo

Comme beaucoup de photographes, je dispose d’un certain nombre d’objectifs et de matériels liés à mon activité photographique… Dont certains ne me sont plus utiles. Alors, pourquoi ne pas les vendre ? Car à moins d’être un collectionneur invétéré, il n’y a guère de raison de conserver des objectifs ou des boîtiers que l’on utilise plus ! Et, pour vous convaincre, n’oubliez pas que vendre du matériel inutilisé fera plaisir à votre banquier.

Est-il possible de n’avoir que des choses utiles dans ses tiroirs ou dans ses sacs ? À moins d’être un ascète, je n’en suis pas certain. Dans mon cas, même si je tente de faire attention, j’ai souvent effectué des achats qui se sont révélés inutiles. Il faut donc parfois savoir vendre. Et dans le cadre de cet article, vendre son matériel photo. N’ayez pas peur, il ne s’agit pas de vendre tout son matériel photo, mais plutôt ce qui est inutile. Il s’agit d’arriver à séparer le bon grain de l’ivraie, afin de ne conserver que le premier. Le bon grain étant le matériel que j’utilise et avec lequel je prends du plaisir.

Depuis que j’ai recommencé la photographie, j’ai réussi à maintenir mon parc d’objectifs à un niveau raisonnable, autour d’un boîtier et de 4 objectifs. L’arrivée du Plein Format changé la donne et j’ai acheté de nombreux objectifs. Ce qui m’a obligé à entreprendre un drastique ménage en 2018, ne conservant que des objectifs purement FF. Début 2019, j’étais revenu à un niveau raisonnable, 2 boîtiers (1 FF et 1 APS-C) pour 4 objectifs, 2 zooms et 2 focales fixes. 18 mois plus, tard, en juillet 2020, c’est 9 objectifs qui sont en ma possession (suivi de mon matériel en « temps réel » à cette page). Il y a eu une brutale inflation, sans correction. Il est désormais nécessaire d’entamer un nouveau ménage. 

Je ne pense pas être le seul dans ce cas. Vous êtes certainement dans une situation similaire à la mienne. À travers mon exemple, voici quelques petits conseils pour juger votre matériel et constituer votre liste « à vendre »…

L’argument du « au cas où »…

Par la force des choses, je n’utilise pas tout. Impossible de partir avec tout mon matériel, cela remplirait le coffre d’une voiture. Par respect pour mon dos, dans mon sac, pas plus de 3 objectifs par sortie, vacances comprises. Sauf exception. Il y a une chose que je m’impose également c’est de faire des sorties avec des objectifs moins usités. Cela permet de changer d’angle de vue ! Photographier avec un 31mm, ce n’est pas la chose qu’avec un 70-210.

Malgré tout, certains objectifs finissent par rester au fond d’un tiroir. J’ai ainsi gardé pendant 2 ans un 18-250, dans le cas où… un jour je pourrais en avoir besoin. Je fais partie de cette catégorie de personnes convaincues qu’il convient de garder tout son matériel, des fois que… Ce sentiment, il est à peu près certain que vous le partagiez. Jeter ? Alors que cela peut servir ?

Mais dans l’absolu, utilisez-vous tout ce vous possédez ? Si vous vous montrez aussi honnête que moi dans cet exercice, la réponse sera non. J’ai des objectifs dont je ne me sers plus. Soit parce que mes goûts et pratiques ont évolué, soit parce que qualitativement, je dispose de mieux. Sauf que j’ai toujours les anciens objectifs !

L’idée de conserver « au cas où » est à mon sens un des indices essentiels pour placer un matériel sur la liste des ventes.

Le FA 50/1.4 en studio
Le FA 50/1.4 en studio. Il n’a été que très exceptionnellement utilisé en extérieur.

 

Pour illustrer, je vais prendre la focale de 50 mm. En studio, j’ai longtemps utilisé un 50/1.4 d’ancienne génération, seul objectif efficace à mes yeux, aussi bien en APS (presque un 76 mm) ou en FF. Récemment, un nouveau 50/1.4 est sorti, plus moderne, adapté aux contraintes techniques d’aujourd’hui. Un objectif que j’ai adopté, reléguant ainsi son prédécesseur. Ce dernier, encore très bon, n’est plus utilisé, mais je le garde, dans le cas où je serais amené à l’utiliser. Par exemple en vacances… Sauf qu’auparavant, je ne l’ai jamais amené en vacances ou utilisé dans la rue. Contrairement au nouveau ! 

Si on est lucide plus de 30 secondes, dans la vraie vie ce « au cas où » ne se rencontre pratiquement jamais. Il faudrait un concours de circonstances exceptionnelles, comme le fait que le nouveau 50/1.4 soit en panne et qu’en même temps, le zoom 24-70/2.8 le soit aussi. Il peut donc de facto être placé sur la liste de vente. Et vous de votre côté, vous n’avez pas au moins un objectif de ce type ? Moi, j’en connais qui possèdent 4 à 6 modèles de 50 mm. Qu’ils n’utilisent jamais.

Posez-vous les bonnes questions. Un objectif ne fait-il pas doublon avec avec un autre et si oui, faut-il garder les 2 ? Ayez le ou les objectifs qui vous correspondent le mieux, à vous, vos utilisations et votre philosophie de la photo. Peu importe que ce soit un zoom ou une focale fixe. Petite mise au point, la querelle focale fixe vs zoom n’existe pas chez moi. J’ai les deux types d’objectifs que j’utilise selon mes envies de photos et des circonstances.

J’utilise… ou pas ? 

Le « au cas où » n’est pas le seul indice. Un exercice que j’aime bien faire, c’est prendre les photos des 3 dernières années et de les trier par objectif. Si sur 20 000 photos, je m’aperçois que certains n’ont jamais été utilisés, c’est un signe que quelque chose cloche. Il doit bien avoir une raison pour que je ne les utilise pas. Et si elle est bonne, pourquoi le ou les conserver ? Vous pouvez sans complexe les coucher sur la liste. 

L'usage de mes objectifs
Les objectifs utilisés de 2018 à 2020 (les objectifs inconnus sont les DFA 70-210, DFA * 50 et DFA * 85 (reconnues après Maj de Lr)

 

Ainsi, quand le 70-200/2.8 est arrivé à la maison au début 2016, j’avais une focale fixe de 200/2.8 que j’ai rapidement délaissé. Pourtant, comme souvent avec les focales fixes, il était un poil meilleur que ce zoom, bien que ce dernier soit excellent. Et il ne mentait pas à courte distance. Pourtant, j’ai rapidement arrêté de l’utiliser. Sans savoir vraiment pourquoi. Peut-être parce que mes pratiques de rues demandent parfois de changer rapidement de focale. Or, certaines situations ne donnent pas le temps de zoomer ou dégommer avec ses pieds.

Le sentimentalisme

« Pourquoi je ne vends pas mon DFA ★ 70-200/2.8 » est une phrase que j’ai beaucoup entendue ces 10 derniers mois. Un monstre dont le poids me fait hésiter à le prendre avec moi quand je vadrouille dans la ville ou durant les vacances. De plus, j’ai investi dans son « petit frère », un 70-210 f/4 qui remplit très bien son office.

Street parisien au DFA ★ 70-200/2.8
Street parisien au DFA ★ 70-200/2.8

 

La vraie raison est que la qualité du ★ est supérieure à celle de son « frère ». Une qualité qui m’encourage à le conserver. Sans doute est-ce une erreur pour mon portefeuille… En 2021, je devrais sérieusement me poser la question sur l’avenir de cet objectif chez moi si je ne l’utilise pas. Surtout qu’en le vendant, je devrais faire au moins un heureux.

Accepter qu’on se soit trompé

J’ai acheté des objectifs que je n’aurais jamais dû. Malheureusement, une fois l’achat fait, c’est trop tard. Deux exemples, l’un ancien et l’autre très récent. 

L’exemple ancien, c’était un zoom UGA ouvrant à f/2.8. Le DFA 15-30. Sauf que les petites focales, non seulement je ne les maîtrise pas, mais je me suis rendu compte qu’elles ne m’intéressaient que très occasionnellement. Lors du bilan comptable, à ma grande surprise, j’ai découvert que, non seulement je n’ai pris que 309 clichés avec ce 15-30, mais qu’il était un peu utilisé en deçà de 20 mm. Mais nettement plus au-dessus de 24 mm ! Un champ couvert en partie par le DFA 24-70/2.8, mon objectif standard. Malgré quelques magnifiques clichés, j’ai décidé de m’en débarrasser. 2 ans plus tard, il ne me manque vraiment pas. 

DFA 15-30, une des rares photos à 15mm
DFA 15-30, une des rares photos à 15 mm

 

« Vraiment pas » ou « pas vraiment » ? C’est cette hésitation qui m’a conduit à une deuxième erreur. Ayant le sentiment qu’en deçà de 24 mm, j’étais plus que léger, j’ai voulu combler le trou. Encouragé par un ami qui possédait un FA 20-35/4 et le trouvait fabuleux, un exemplaire en occasion est arrivé chez moi en direct du Japon. Sans jamais l’avoir essayer, ce qui était une grave erreur.

Pont de Paris au FA 20-35
Pont de Paris au FA 20-35

 

Une erreur, car c’est un achat quelque peu regrettable. S’il s’avère être un bon objectif (excellent du temps de l’argentique même), je le compare malgré moi aux objectifs modernes. La comparaison fait quelque peu mal, car il n’est pas taillé pour répondre aux capteurs actuels. Ce FA 20-35/4 a été une déception… pour moi. Il a donc été placé sur la liste des départs.

Le coup d’un deuxième boîtier

J’ai un second boîtier, de type APS-C. Sachant que j’utilise le Full Frame en permanence, pourquoi avoir un boîtier de ce type ? Tant qu’à faire, n’aurait-il pas été plus judicieux d’avoir un deuxième FF ? Le format APS-C conserve un certain nombre d’avantages, comme le facteur grossissant de 1,5, qui fait que le champ visuel d’un 200 mm monté sur APS-C est similaire à celui d’un 300 mm sur un FF.

Accessoirement, un boîtier en spare, cela peut servir. C’est le cas pour mon KP qui a été passé, depuis quelques mois, à un de mes amis qui a vendu son K-3 II… et qui attend le K-3 III fin octobre. 

Il convient cependant de se demander de l’utilité de garder un deuxième boîtier photo. Surtout si vous n’utilisez que le dernier acheté en date ! En le revendant, vous pourriez faire une bonne affaire. Votre portefeuille appréciera. Accessoirement, l’acheteur fera une bonne affaire en acquérant un boîtier intéressant à moindre prix.

Les accessoires

Combien de filtres UV, combien de trépieds, combien de flashs inutilisés avez-vous ? Il est possible que vous ne sachiez même plus ce que vous avez ! Alors, recensez ce matériel et vendez tout ce qui n’a pas servi depuis plus de 2 ans. La probabilité que vous en ayez besoin prochainement est très faible.

La question est désormais de savoir si j’aurais pu détecter l’inutilité avant l’achat

J’ai fait des erreurs de casting. Le problème est que je n’ai été capable de le reconnaître qu’après coup. L’exemple le plus criant pour moi a été le DFA 15-30. Dans une plus faible mesure, il y a le FA 20-35. La première erreur a été rectifiée, la deuxième le sera bientôt. Le problème, c’est que j’aurais pu économiser du temps et de l’argent, même si je n’ai pas trop perdu. 

Avant les achats, je m’étais persuadé avoir besoin de ces focales. À tort. C’est purement irrationnel, je n’ai pas de vraie explication. Pourtant je connais mes pratiques photos. Et si je fais du paysage durant mes escapades, les photos en UGA ne m’attirent pas. Ce qui ne m’a pas empêché de succomber. Attrait de la nouveauté ou frénésie d’achat dont je ne suis pas capable de contrôler ? Sans doute un peu des 2. À la sortie du DFA 21 Limited, je devrais me freiner fortement !

 

S’il faut savoir acheter de bons objectifs, qui vous conviennent, il faut savoir aussi s’en séparer le moment venu. Si vous ne vous servez pas d’un objectif ou d’un trépied, vendez-le ! Le pire, c’est que si c’est difficile de s’en séparer sur le coup, quelques mois plus tard, vous n’y penserez plus. Promis, c’est la vérité.

 

Nota du 10/08/2020 : Mon parc d’objectifs s’est quelque peu réduit, ayant récemment vendu le FA 20-35/4 et le FA 50/1.4 

 

Crédit photo : © fyve

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